La Création du Brostep

Le Brostep est un sous genre du Dubstep influencé par les mouvements punk-rock et métal, apparu pour la première fois en décembre 2007, à Londres.

Le Brostep, un sous-genre populaire du Dubstep

L’apparition du Brostep est étroitement corrélée à la naissance du Dubstep, et représente une mutation de ce dernier, plus brutale ou plus explosive.

Le FabricLive.37 mix, prélude du Brostep (2007)

Les FabricLive Mix Series sont des compilations mensuelles d’album mixés par les Dj populaires (anglais et internationaux) et réalisé par le nightclub le plus célèbre de Londres : The Fabric.

Traditionnellement, les premiers artistes « précurseurs » Dubstep de Croydon auraient refusé ces invitations, préférant éditer les Dubstep Allstars, jusqu’à ce que d’autres producteurs Dubstep comme Rusko & Caspa acceptent enfin d’enregistrer les FabricLive Series.

« They [Fabric] asked a lot of the dubstep people to do it, but nobody wanted it. Apart from Caspa and Rusko. They took a lot of stick for that release. They got a lot of the blame for the direction of the sound. »

– Sgt Pokes, Vice Long Reads, Lauren Martin, 23 juin 2015

« That Fabriclive mix CD got offered to a load of us in the scene but we were like, « Nah » and then some lads who weren’t from Croydon jumped on it. »

– Loefah (pionnier du dubstep / DMZ)

Malgré une invitation initialement envoyée à Justice (Duo Français), le volume 37 des FabricLive est ainsi mixé par Caspa et Rusko le 10 décembre 2007 sous la bannière dubstep, regroupant équitablement des compositions dubstep et leurs propres compositions orientées « brostep ».

Parfois minimaliste ou intime, mais de temps à autre très énergique et plutôt orienté « party rocking », pour de nombreux artistes, cet album déclenchera un « schisme » musical et une rupture avec  l’ « esprit dubstep » original.

Les pionniers dubstep s’agassent contre le brostep et se sentent dépossédés de leur style original. Paradoxalement, ce sont des tracks comme SpongeBob de Coki (artiste pionnier Dubstep) qui ont inspirées le Brostep.

D’une certaine façon, le Brostep était en passe de devenir la « New School » du Dubstep.

« The majority of the tunes in that mix are good tunes, but it just wasn’t a fair representation of what it was to be in a dubstep party »

– Sgt Pokes, Vice Long Reads, Lauren Martin, 23 juin 2015

« Fuck, we’re not in control of this any more. It was coming from producers who weren’t from Croydon. […] When Caspa and Rusko came along, I started to lose interest. »

– Loefah (DMZ)

Popularisation du Brostep (2007-2009)

Le terme « Brostep » n’était pas encore apparu en 2007. Le Brostep profite alors de la popularité de la nouvelle vibe Dubstep. Toujours sous la bannière Dubstep, la même année, Rusko & Caspa iront conquérir le marché musical des Etats-Unis (Britney Spears, Cypress Hill, Damian Marley, Snoop Dog, Jay-Z, Rihanna).

Sans nul doute, la scène américaine, plus rock mentality, a contribué à la maturation du Brostep, toujours à travers l’étiquette « Dubstep ».

 « Brostep is sort of my fault, but now I’ve started to hate it in a way […] I tried to put a bit more energy into it… […] Now I think it’s gone too far, it’s got too noisy for noisy’s sake…» – Rusko, BBC Radio 1

Joe Nice, l’avant-gardiste fondateur du premier club Dubstep Dub War à Brooklyn (2008) et surnommé « the America’s Dubstep Ambassador » en hommage au crew DMZ, s’aperçoit rapidement de la montée en popularité du dubstep. Dans un premier temps, les sonorités « brostep » s’infiltrent dans le son dubstep, puis les compositions Brostep viennent remplacer progressivement la musique dubstep, avec des titres comme « Cockney Thug » (2009) de Rusko ou « Samurai » de Kode9.

Inspirés par un Idéal Underground qu’ils veulent rendre populaire, les plus jeunes producteurs dérivent du courant original dubstep, pour se concentrer sur la wobble-bass, en la rendant plus puissante et un peu plus « filthy » (crade, crasseuse).

« I really wish what a lot of these guys are doing now wouldn’t be called dubstep. I’m sure even if you asked them, they wouldn’t call what they make dubstep. »

– Joe Nice, The Couch Session, Marcus K. Dowling

Comme Joe Nice le soulève, de nombreux artistes portent encore l’étiquette Dubstep alors que leur style est probablement celui du Brostep. Pour de nombreux producteurs dubstep, ce moment délicat où les scènes se confondent a donné une fausse impression de ce qu’est le dubstep.

Le mouvement dubstep s’est envolé vers l’invention et l’organique jusqu’à ce que le brostep le ramène à la réalité, vers un drop toujours plus puissant, des basses de plus en plus « badass ». On passe d’une musique presque introspective à des sonorités très agressives, pleines de rage et de fureur.

Rusko décrit lui-même le brostep comme « a whole lot of people screaming in your face. », et Joe Nice conclue : « Dubstep was never meant to be that aggressive. »

Le Brostep à la conquête de l’EDM (2008 – 2012)

Les Etats-Unis accueillent le brostep à bras ouverts mais ce sont deux grands amis producteurs canadiens qui tirent leur épingle du jeu : Excision & Datsik (Jeff Abel & Troy Beetles) réalisent de nombreuses compositions brostep ; Excision crée le label Rottun Recordings en 2007, le premier EP de Datisk sort en 2009, année du premier « Shambhala mix » d’Excision, un rendez-vous annuel qui donne la tendance brostep pour l’année. Le Label FirePower Records est fondé par Datsik en 2012.

L’accueil du public est très encourageant pour le brostep et rappelle des souvenirs des années 90. En effet, le son anglais « big beat » ou « breaks » des groupes anglais Prodigy ou Chemical Brothers ont déjà conquis le cœur de la scène américaine, et c’est ce que semble faire le brostep, 20 ans plus tard.

L’industrie EDM (electro-dance-music) s’empare de la musique brostep, lui appose l’étiquette « Dubstep » pour faire fonctionner les évènements et exploiter cette « bass scene » qui ne demande que du Brostep. C’est une mécanique bien huilée.

« I’m not sure that the mainstream sections of the American music business ever fully understood dubstep in the early days, but they knew that if they put ‘dubstep’ above a show or an artist, audiences would be interested »

Datsik, Music Radar (06 mai 2013)

Le Brostep est un virage à ne pas manquer pour les media mainstream, les gigantesques festivals EDM d’Amérique du Nord.

« Punk was the bastardisation of rock music, and dubstep was the bastardisation of electronic dance music. »

– Datsik

« The first time I heard the second wave of dubstep – as opposed to the first wave, which had a more 2-step/garage feel – I thought, ‘Hey, this sounds like doom metal »

– Bassnectar (Lorin Ashton)

Invention du terme Brostep (2010)

A l’origine, le terme « Brostep » est une blague de 2010 de la productrice bass-music Kozee sur Twitter. Le terme est utilisé pour se moquer des « bro’s » américains (ou les fratboys, les étudiants appartenant à une fraternité universitaire) se retrouvant autour de la musique dérivée du dubstep. Mais le nom est resté pour décrire la version « américaine » du dubstep : le nom brostep naît.

Techniquement, là où le dubstep touche les basses fréquences avec le wobble sur des périodes relativement longues, le Brostep vient sonner sur les fréquences moyennes, avec une mutation/évolution de la vitesse du LFO (Low frequency Oscillator), ce qui rend le beat encore plus « haché » (en dent de scie « saw« ) donc plus rythmé, plus dynamique.

Egalement, la technique originale « wobble » bass n’est audible que sur du bon matériel audio. Il est difficile d’entendre les variations de pitch de la basse et la manière dont elle oscille sur un téléphone portable, un ordinateur ou un fichier mp3 mal échantillonné. Une des premières track brostep « Sweet Shop » de Doctor P déplace le wobble bass dans les aigues, ce qui le rend beaucoup plus audible, sur tout support, et lui donne évidemment une touche plus populaire. Le Brostep permet une vulgarisation « mainstream » du Dubstep, car plus accessible, plus audible et moins pensé pour les initiés du Dubstep.

La scène Brostep est aussi caractérisée par un crowd américanisé, beaucoup plus jeune, plus énergique. Appelés « candy ravers », ce public (d’étudiants américains) se maquille aux sticks fluo et se déchaîne sur l’arrivée du drop, à l’opposition du crowd underground anglais, plus relaxé, plus underground.

Le Brostep est peu basé sur les paroles. En un sens, la basse EST le chant, cherchant à raconter son histoire, son message et utilisant différentes formes lyriques (et formes d’ondes).

« Dubstep became party dubstep, and party dubstep became brostep »

– Datsik (photo)

« The bassline has become so important that it even takes the place of lyrics. The bass speaks for itself and becomes the hook for the entire song »

– Figure (Josh Gard), Music Radar.

Skrillex, la déferlante Brostep (2010-2012)

Skrillex est sans-nul doute le dj-producteur ayant contribué à la popularisation massive du Brostep (cependant encore appelé « Dubstep »). Sortit en Juin 2010, son premier album My Name Is Skrillex conquit le monde entier, puis Scary Monsters and Nice Sprites sort la même année, suivis de More Monsters and Sprites et Bangarang l’année suivante.

Skrillex, d’un mouvement plus post-hardcore, post-punk (emo, skreamo et breakdown metalcore) apporte le son brostep sur un beat ravageur, connoté métal.

Grâce à 8 Grammy Awards, Skrillex est aujourd’hui l’artiste de musique électronique le plus titré au monde. Le « dubstep » connait alors son heure de gloire, même si la musique produite est en réalité plus proche du Brostep que du Dubstep.

Beaucoup de fans s’attachent à une définition simpliste du Brostep : « c’est le dubstep qui est commercial ! », un argument plutôt faux, tant les budgets promo étaient ridicules jusqu’en 2011, et s’arrêtaient au design de pochettes, au design d’une vidéo youtube et quelques affiches. Skrillex a construit sa carrière en partie gràce à Youtube et Soundcloud, sans gros label derrière lui.

Cependant, on peut aujourd’hui donner crédit au côté « commercial » du Brostep lorsqu’on assiste aux véritables show  que sont les évènements Brostep : Skrillex dans son SpaceShip ou avec l’image 3D d’un robot/alien Illgamesh, Excision avec le Parallax Tour ou son groupe Destroid, sans parler des monumentales scènes des festivals américains.

« Scary Monsters was not a commercial release […] There wasn’t anything commercial about it. There’s no three-and-a-half-minutes pop song, and it was never played on radio. »

– Skrillex, UKF (22 octobre 2015)

Influenceurs du Brostep (2012- présent)

Datsik, Excision et Skrillex ne sont pas les seuls à promouvoir le son brostep, de nombreux artistes influenceurs sont aussi à l’origine de ce mouvement et provenant de différents univers musicaux comme le dubstep, la DnB, l’électro ou la trap.

Skism, patron du label Never Say Die Records a très vite su dynamiser la scène anglaise et américaine avec une dubstep/brostep très énergique. Entouré de Zomboy, Must Die!, Megalodon, Laxx ou le français Habstrakt, Skism a largement influencé le développement du son brostep à travers la planète.

Rob Swire (Pendulum/Knife Party) a aussi expérimenté des synthés Chainsaw, de la distortion et un mélange électro-dark-dubstep, un mélange sale et proche du Brostep.

Chez Owsla (le label de Skrillex), ce sont Barely Alive, Getter et Kill the noise qui lead le brostep.

Il est important de noter que le Brostep se fait aujourd’hui influencer par de nombreuses track Trap, à l’image des compositions de heRobust, Getter ou Wiwek, qui jouent avec les « lasers » brostep sur des beat trap, trap-hybrid, trapstep.

 

Et vous ? Plutôt Dubstep ou Brostep ?

-EXA-

SOURCES

Anglais

  • Rusko rages against dubstep’s bastard spawn – ‘brostep’, In the Mix Junkee, Dave Ruby Howe (9 février 2011)
  • What the F**k is Brostep? Dancefever5000, DF5K (6 octobre 2010)
  • Joe Nice And The History Of Dubstep In America, part three, The couch session, Marcus K. Downling (janvier 2012)
  • The VICE Oral History of Dubstep, Vice, Lauren Martin (23 juin 2015)
  • Skrillex talks Aphex Twin, Full Flex Express and more, Fact Mag, Claire Lobenfeld (26 juin 2015)
  • What exactily is Brostep ? Coachella Forum, « bender » (9 septembre 2012)
  • Brostep is still the Subgenre that should have never existed, Thump Vice, Kyle MacNeill (15 septembre 2016)
  • What is bass music?, Music Radar, Computer Music Specials (06 mai 2013)
  • Dubstep: Has the bubble already burst for the sound of the future?, In The Mix, Jack Tregoning (31 décembre 2010)
  • This Video of Americans Explaining Dubstep May Well Signal the End of Days, Thump Vice, Angus Harrison (11 mars 2016)
  • What exacty is « Brostep », Reddit, The_Promise (5years ago)
  • Don’t Know the Difference Between Dubstep and Brostep?, The Yee, Michael Mann (08 décembre 2011)
  • Would You Consider Skrillex Brostep ?, Silence No Good, Zechmann (30 juin 2011)
  • 10 worst EDM genre Names, Complex UK, Android S (20 février 2013)

Français

  • Le Brostep fête ces 5 ans, Noisey, Kyle MacNeill (23 septembre 2016)
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