L’histoire du DUBSTEP (partie 1/4)

Musicalement et techniquement difficile à définir, même pour certains artistes-producteurs internationaux, la complexité commence, pour nous les français, avec sa grammaire : le dubstep ou la dubstep ? Certains prononcent « the dubstep » alors vous l’aurez compris, on parlera du dubstep, de la musique dubstep, et le dubstep en tant que style musical (oui, on évite ce débat linguistique, de même qu’avec le mot « track » (piste ou sillon etc.).

Aujourd’hui plus qu’implanté dans la musique électronique avec des artistes locaux et des super-stars, le style dubstep continue de se mélanger, de se définir et de s’alimenter en créativité auprès des musiques du monde.

L’origine et les racines du dubstep (1990-2000)

Le son « dubstep » a émergé dans les années 1990 dans le sud de la banlieue de Londres, qui on le sait, a produit le hard rock, le punk, le ska, une forme d’acid techno, le UK garage, la jungle et la drum&bass ; un métissage particulier et unique dans la musique. Les premières musiques dubstep débutent plus précisément dans le district de Croydon, ancien quartier industriel, au Sud de la Capitale anglaise.

Les premières tracks dubstep sont jouées par les sound system jamaïcains grâce aux pionniers de la musique dubstep : EI-B (duo Groove Chronicles et fondateur du le label Ghost), Zed Bias (avec Phuturistix, Maddslinky comme alias) et Steve Gurley.

La plupart des premières tracks « dubstep » (le nom du genre n’est alors pas encore créé et) comme « juiceman » (Ei-B, 2000) sont souvent jouées sur les faces B des singles vinyles du 2-step, du uk-garage ou du dub, trois univers très exploités dans la musique électronique londonienne. Ces premières pistes « dubstep » jouées par des platines vinyles possèdent une atmosphère lourde, urbaine et dense. La composition semble souvent expérimentale. On retrouve une légère présence des sonorités dub, reggae dans ces morceaux dubstep (notamment avec les voix de MC) et des rythmiques proches du 2-step garage avec « juiceman » par exemple.

Premières diffusions du mouvement dubstep (2000-2002)

Pour se développer, le nouveau genre dubstep a besoin de lieux de rassemblement et de diffusion. Grâce à de multiples collaborations business et artistiques, le nouveau genre dubstep se retrouve rapidement diffusé grâce à :

  • Un disquaire réputé : Big Apple Ltd
  • Des soirées spéciales appelées « FWD>> « 
  • Une boite de nuit : le Plastic People
  • Un label : Tempa
  • Une radio pirate : Rinse FM
FWD-Dubstep

Le magasin de disques dubstep tenu par Hatcha

Le premier lieu de rencontre est tenu par le célèbre disquaire Hatcha, qui gère le magasin de disques vinyles Big Apple. Point de rencontre névralgique des Dj-producteurs dub, drum’n’bass, garage, 2-step et jungle, la boutique Big Apple permet de saisir les dernières nouveautés dubstep.

Fréquenté par la première génération de Dj dubstep et des gamins de 14 ans comme le futur Dj producteur Skream, le magasin d’Hatcha permet, à l’aide d’une petite pièce dédiée à l’étage, la production musicale par ordinateur, synthétiseurs et autres instruments. Le melting-pot opère, les styles se mélanges, cette nouvelle génération de jeunes producteurs n’a plus de limite dans la création. Les meilleures tracks sont alors éditées en dubplate (vinyle unique) et seront utilisées par Hatcha lors des soirées FWD>>.

« Nul DJ ou même producteur ne peut prétendre à un seul crédit pour le dubstep. Quand l’histoire du genre est racontée, aucun DJ n’a jamais eu, ou peut-être n’aura jamais de nouveau une telle influence sur l’évolution du genre [dubstep] que Hatcha. Il n’est pas exagéré de dire que le genre entier porte son empreinte. »

Martin Clark (BlackDown), Dj et principal journaliste du mouvement dubstep

Les soirées Forward, premières scènes dubstep

Dès 2001, les premières soirées Forward (symbole : FWD>>), organisées par Ammunition Promotions ont lieu au Velvet Rooms dans le quartier de Soho puis chaque jeudi dans le célèbre night-club underground Plastic People du quartier de Shoreditch. Ces nuits forgent l’âme du dubstep et constituent très rapidement une fan-base plein d’enthousiasme et de curiosité pour ce nouveau genre de bass music que certains appellent le « Forward sound ». Après avoir mis en avant de nombreux artistes « uk-garage » et « bass music » en général, le club Plastic People aura joué un rôle immense dans le développement et la popularisation de ce nouveau genre bass underground, comme il l’a fait pour d’autres genres, en particulier le uk garage et la drum’n’bass.

Tempa, premier label du dubstep

Neil Jolliffe et Sarah « Soulja » Lockhart, respectivement fondateurs et partenaires d’Ammunition Promotions sont les premiers à utiliser publiquement le terme dubstep. Depuis 1 an, Ammunition Promotions a été responsable de la création en série de multiples labels : « Tempa » depuis 1999, « Road », « Bingo » et « Soulja » toujours actifs aujourd’hui.

Le terme « dubstep » a été inventé dans les locaux d’Ammunition lors d’une conversation autour du style musical de Benny Ill (Ben Garner). L’anecdote vient d’Oris Jay (alias Darqwuan) qui discutait avec Neil Joliffe, Martin Clark (Blackdown) et Sarah Lockhart :

 « It’s like 2-step, but it’s got dub in it. It’s kind of like… dubstep. […] Why don’t we just call it dubstep ? »

L’invention du terme dubstep, outre son étymologie, est utilisée pour le différencier de ses ascendants (le 2step et le dub), ce qui n’est pas forcément évident à la première écoute. En effet, il faut utiliser des méthodes assez rigoureuses dans la composition musicale du dubstep, notamment avec la basse nommée « wobble » qui oscille, le tempo autour des 135-140 bpm et une rythmique qui balance sur 2 temps (reconnaissable grâce à son « kick – snare »).

La popularité des soirées FWD et l’engouement des Dj pour ce nouveau style impose naturellement de mettre un nom sur cette nouvelle vibe « dubstep ».

L’acceptation du terme dubstep est illustrée par la sortie du CD Dubstep Allstars vol 1 mixé par le déjà célèbre patron de Big Apple Records : Dj Hatcha.

Le magasine mucial XLR8R présentera enfin le terme « dubstep » en couverture, sur l’album In Fine Style des Horsepower Productions, un groupe formé par Ben Garner (Benny Ill) et 7 autres membres dont l’album sort sur le label Tempa. Cette collaboration de Garner avec Kode9 et Hatcha qui dure depuis des années à travers les soirées FWD>>  grave définitivement le nom dubstep dans le socle de la bass music.

Rinse FM, la première radio pirate Dubstep

Lancée en 1994 par le Dj Geeneus, cette radio pirate londonienne diffuse illégalement de la musique électronique garage et se concentre sur les nouveaux Dj talentueux jusqu’à la fin des années 90.

Dès 2000, de nombreux mix sont effectués en live par le line-up original composé de Kode9 (souvent à la présentation), Uncle Dugs (plus connu sous l’alias Mistajam), Youngsta, Hatcha, Zed Bias, Oris Jay, Slaughter Mob, Jay Da Flex, Slimzee. Il inclut très rapidement Plastician avec Crazy D comme MC/présentateur. Skream et Benga feront plusieurs apparitions.

Sarah « soulja » Lockhart (d’Ammunition Production) rejoint alors Rinse FM en tant que manageur de la radio pirate pendant cette période et fait résonner le nom des soirées dubstep FWD>> dans tout le grand Londres. Le Dj Youngsta, le frère de Sarah, raconte même avoir bénéficié d’horaires de 2h à 4h du matin pour mixer de nouvelles prods (à l’âge de 13 ans), qu’elle vendait notamment au Black Market Records de Soho ou chez divers distributeurs.

Malgré sa popularité grandissante, L’Office des Communications de Londres décide de débrancher les émetteurs pirates de Rinse FM, le Dj Slimzee recevant également un acte d’attitude antisociale.

Grâce au travail de Sarah Lockhart, Rinse FM recevra finalement la « community broadcasting licence » par l’Office des Communications lui permettant de diffuser légalement en 2010.

Aujourd’hui, les artistes tels que Dizzee Rascal, Wiley, Kode9, Skream, Hatcha, Youngsta (et beaucoup d’autres) portent toujours l’étendard pirate de Rinse FM, constituant la véritable et première génération « dubstep » active. Rinse FM est aujourd’hui une incroyable référence et source de talents de la bass music en général.

Kode 9 et le label Hyperdub

Kode9 démarre son label Hyperdub sous forme de web site en 2001. Grâce à différents « gigs »(concerts) dans des bars comme le Bug Bar à Brixton (quartier jamaïcain de Londres), Kode9 recrute son équipe dubstep dont le très secret Burial, qui sortira son premier album eponyme en 2006.

Les influences de Kode9 semblent très intéressantes en termes musicaux mais aussi car elles proviennent de son passé scolaire à l’université de Warwick, période pendant laquelle il mène de recherches sur la rave party, la cybernétique, le postmodernisme ou l’afro-futurisme.

De nombreuses interviews évoquent son travail et sa recherche philosophique à travers une approche mémétique (approche darwinienne étendue pour étudier les évolutions de culture, étude des codes et schémas relationnels dans les groupes sociaux-culturels).

Cette dimension à propos de Kode9, explique d’une certaine manière l’attrait qu’il a pour le dubstep : l’un des fondements premier de la dubstep est l’exploration, le mélange des différents codes musicaux appartenant à différents genres musicaux, eux-mêmes liés à divers sous-groupes culturels tels que les « ravers » de Londres ou l’immigration jamaïcaine.

On retrouve souvent le contretemps du riff reggae/dub dans la musique dubstep des années 2000, mais aussi quelques rythmiques de l’uk-garage, notamment sur les hi-hat (cymbales) exprimant clairement une fusion froide des différents styles qui la composent. Mais le mélange musical (et humain) opère, un style général s’affirme jusqu’à la création d’un beat identifiable. Les voix appartiennent au genre du grime, du dub, de la jungle et les sonorités de la basse, à travers le wobble, rappellent le dub et la drum’n’bass. Le ton est donné, le son est puissant et l’efficacité d’une track est amplifiée par le « drop », le moment où la musique libère son énergie (et le public aussi).

FIN PARTIE 1

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